Je ne peux m'empêcher de revenir sur la saga de l'équipe de rugby de la France pendant cette Coupe du Monde qui se terminera samedi par un Angleterre-Afrique du Sud prometteur. Car le cas est intéressant et reflète bien l'utilisation du sport de haut niveau par l'Etat français.
Voyons les faits chronologiquement. D'abord le match d'ouverture France-Argentine. Sur les 5 dernières rencontres, l'Argentine a gagné 4 fois. Les Pumas (en réalités des jaguars) sont donc favoris sur le papier. De plus, vus les dernières performances des uns et des autres, on devrait voit logiquement les Français en outsiders. Mais bon, ils jouent "à domicile" donc bon, on verra. Le fait est que l'opinion publique française, toujours aussi déprimée et amère face aux difficultés socio-économiques, n'en a pas grand chose à faire. Alors les médias, les toutous du pouvoir, s'en donnent à coeur joie! On enclenche le fameux processus de
déification qui a si bien marché pour Zidane! Sauf que le rugby, c'est un sport collectif. Qu'à cela ne tienne, c'est le collectif qu'on va déifier! (avec quelques figures quand même). C'est d'autant plus aisé que cette équipe, contrairement à celle du football, a un certain esprit patriotique (elle s'affichera en bleu blanc et rouge face au haka des néo Z en quart de finale). Elle est même emmener par Bernard Laporte, à qui Nicolas Sarkozy a promis un poste de ministre des sports après la compétition, "quelquesoit le résultat".
Les médias savent exagérer pour faire de l'équipe un outil de chauvinisme étriqué. Ils savent aussi se taire sur certains aspects pourtant intéressants, comme la perquisition en mars 2007 dans les bureaux de Bernard Laporte, détenteur d'affaires dans l'immobilier, les campings, la restauration, en plus d'être propriétaire d'un casino, concernant notamment ces liens avec la famille Fargette, membre du grand banditisme. A ma connaissance seul Le Figaro en a parlé sans que ça ne soit repris par personne.
Tout les autres ont attendu la fin de la saga (élimination en demie) pour en parler! Bien sûr, cette déification franchouillarde s'accompagne de contrats publicitaires qui aident opportunément à se décider ceux que l'appel de la nation (sic) n'enthousiasmerait pas suffisamment. Ainsi Zidane a bu de la Vittel (ou de l'Evian peu importe), bidule boira de la Saint-Yorre, toujours dans votre petit écran!
Mais laissons là les gros sous pour revenir au patriotisme français (enfin... l'un n'empêche pas l'autre, au contraire!). Nicolas Sarkozy a fait lire la désormais fameuse lettre de Guy Môquet aux joueurs jute avant d'entrer sur le terrain, en ce 7 septembre contre les Argentins. Je reviendrai sur l'utilisation tous azimuths de Guy Môquet dans un autre billet, là aussi ça vaut son pesant de cacahuètes! Donc voilà, les joueurs sont émus, cetains pleurent, c'est beau un jeune Français qui se sacrifie pour la France, synonyme de liberté, etc... Bon. Qu'est-ce que vient faire cette lettre dans la coupe du monde de rugby? On se demande, un peu penaud, s'il faut y voir un caractère insultant pour les adversaires de l'équipe du coq gaulois (ce sont les méchants nazis c'est ça?). Ppendant qu'on y est, est-ce une allusion odieuse au fait que l'Argentine dictatoriale a, après WW2, hébergé des nazis en fuite? Et l'équipe de France de rugby défend donc la liberté dans le monde maintenant? La
mission universelle de Marianne en quoi ça concerne le rugby? En résumé, on manipule l'Histoire pour entretenir le patriotisme décidément poussif des "veaux", et par la même occasion on récolte célébrité et euros.
Bon, l'Argentine a logiquement gagné 17 à 12. Douche froide. En plus d'être une occasion ratée d'entretenir le chauvinisme, on risque gros, personnellement. Qu'à cela ne tienne, l'équipe de France n'a pas dit son dernier mot. En tout cas, elle finit deuxième de son groupe, devant l'Irlande. Une place logique par rapport à ces performances. Mais la deuxième place du groupe, ça veut dire les Blacks en quart à Cardiff. Le plus défavorable des schémas : les favoris, des monstres de performances, et même pas en France en plus! chez les Gallois, des pecnos dont ne sait même pas où ils habitent vraiment! Les Bretons des Anglais! Le fait est que la France, pour gagner le droit d'organiser la Coupe du Monde face à Londres, s'est attiré le vote des Gallois et des Ecossais à l'international board en leur promettant un match de quart à Cardiff et à Edimbourg. Donc voilà, c'était prévu comme ça. En revanche, ce que les responsables français n'avaient pas envisagé, finissant par croire à leur esbrouffe sans doute, c'est que les Français ne finissent pas premiers de leur poule. C'était tellement évident qu'ils allaient jouer l'Ecosse au Stade de France! Bah nan.
6 octobre, Millenium Stadium, le plus beau stade de rugby du monde selon le commentateur français (s'il le dit!). On est à un quart d'heure de la fin, les NéoZ mènent logiquement 18 à 13. Mais les Français marquent un essai en contre! Attendez, il y a eu en-avant... l'avant dernier joueur, au dernier. Mais l'arbitre valide. Que l'arbitre du terrain n'ait pas vu l'en-avant, soit, c'était un contre et donc ils ont couru une longue distance. Mais il y a les arbitres vidéos quand même! A ce niveau là c'est inexplicable qu'ils n'aient rien dit, alors que dès qu'ils voient quelquechose ils en informent l'arbitre du terrain dans son oreillette. Quand les téléspectateurs revoient la scène au ralenti, même le commentateur français ne peut s'empêcher de le noter :
- Thierry Gilardi : Oh ya un en-avant là Thierry!
- Thierry Lacroix : On l'a pas vu, on l'a pas vu!
Et on n'en entendra plus jamais parlé! Les Français transforment l'essai. 18 à 20, ils sont en demie-finale, contre le cours du jeu. Le patriotisme français repart de plus belle, les "veaux" s'égosillent. Les affaires reprennent. On se paye même le luxe de traiter les Néo Z de "mauvais perdants", comme entendu sur une radio française!
13 octobre, demie-finale France-Angleterre, Stade de France. 45è minute, les Français bénéficient d'une pénalité imaginaire. Là encore Thierry Gilardi ne peut s'empêcher de faire un commentaire : "on ne voit pas très bien pourquoi monsieur Jonathan Kaplan a donné cette pénalité, il n'y avait rien Thierry..." Mais ces trois points engrangés ne suffiront pas, les Anglais ont été meilleurs tactiquement, et ça, ça ne pardonne pas. Les sifflets habituels du public français quand un joueur adverse a le ballon ou tente de marquer n'y ont rien changé (il faut plus que ça pour impressionner les Anglais!). Au passage, le public français est le seul au monde à avoir cette attitude odieuse. Allez, score : 9 à 14 (ça aurait dû être 6 à 14). D'aucun accusent les Anglais de faire de l'anti-jeu (!). Frédéric Michalak, mettant en cause le travail du sélectionneur, sort un autre son de cloche : c'était "vraiment moyen". "Tout le monde savait comment on jouait. Ca fait tellement longtemps qu'on fait la même chose. C'est stéréotypé. C'était facile de nous contrer, les Argentins l'ont prouvé." Les Français sont allés loin dans la compétition, plus loin que leur niveau ne l'espérait. Dimanche, il y aura Angleterre-Afrique du Sud. Une finale qui promet.
Dernière minute! L'équipe nationale d'Argentine a battu ce soir la France 34-10 (17-10 déjà il y a 1 mois 1/2). Fidèle a elle-même, donnant une leçon de solidarité à des Français individualistes, peu intelligents tactiquement et sans "niak", elle a aussi su rester digne face à l'anti-jeu habituel des joueurs du coq : coups de poing, provocations en tout genre, en-avants volontaires... Raphaël Ibañez, capitaine des grenouilles, a été expulsé dix minutes avec un argentin, pour avoir donné un coup de poing, apparemment sans raison valable (de toute façon, ya pas de raison valable pour un tel geste!). En partant sur le banc de touche, il a jeté violemment sa bouteille aux pieds de l'arbitre, ce qui n'a vraiment pas été apprécié vous vous en doutez!* D'une manière générale, beaucoup de gifles et mauvais gestes du côté français. Notons un superbe essai de Compomi à la 76è (le 5è des Argentins dans la partie). Une superbe phase collective a permis au chirurgien diplômé du Royal College de Dublin d'aplatir dans l'en-but adverse. Bravo aux Argentins, qui signent là leur 6è victoire contre les "laportiens" (ou "laportistes"?) en 7 rencontres. Quand on pense que les médias français n'ont eu de cesse de présenter les Français comme favoris et les Argentins comme outsiders! A l'issu du match, le parc des princes a lancé du... Edith Piaf! Trop à la page dis-donc, le disk-jokey! "Non, rien de rien, non je ne regrette rien!" Remarque, ça prouve que les responsables du parc des princes ont de l'humour, si c'est volontaire bien sûr! Le public français, lui, en a beaucoup moins qui s'est immédiatement mis à siffler. N'importe! Les organisateurs ont installé le podium. Chaque joueur est allé chacun son tour serrer les mains des officiels (et pour les Argentins recevoir leur médaille). Sauf Ibañez, qui apparemment est resté à côté. Et une radio française qui traitait il y a encore peu les Néo Z de "mauvais perdants"! Mais eux au moins avaient des raisons de protester!
* Il est aussi amené à comparaître "le plus vite possible" devant la commission de discipline pour avoir piétiné le 2e ligne argentin Rimas Alvarez Kairelis.